FabricA 4

Lancement du n°4 de la revue fabricA condensé de recherche en particulier des doctorants en histoire culturelle et sociale de l’architecture et de ses territoires.

Le 14 janvier 2011 à 18h00 – espace rotonde – 5 avenue de Sceaux – 78000 Versailles

Introduction

Catherine Bruant

Faisant suite à la recherche publiée sous le titre Chicago, 1910-1930, le chantier de la ville moderne, le professeur Jean Castex offre, aux lecteurs de fabricA, l’exercice d’une mise en récit du gratte-ciel, entre 1880 et nos jours. On accuse parfois l’histoire de s’appesantir sur des faits passés dont nous n’aurions cure, sans valeur éducative sous prétexte qu’elle encombrerait la mémoire de notions impropres à la formation de l’esprit et, dans les écoles d’architecture, à l’apprentissage du métier de projeter. Pour construire cette histoire, Jean Castex convoque des approches qui pouvaient sembler irréconciliables : histoire sociale et culturelle d’une production bâtie ; analyse spatiale, constructive et typologique des objets matériels que sont les gratte-ciel ; cultures professionnelles. L’optique de l’auteur porte l’architecture, l’urbanisme et le dessin industriel à une dimension quasi collective. Elle fait apparaître des processus (sociaux, techniques, de conception du projet architectural, etc.) là où, dans un moment sans cesse à la poursuite de la nouveauté stupéfiante ou de la transgression spectaculaire, on ne voit que des résultats singuliers dans notre environnement bâti. Une analyse critique de l’ensemble historique dessine dès lors cette histoire en cinq tableaux, passant de leur invention américaine entre 1879 et 1910, aux gratte-ciel complexes de 1910-1930, à ceux inspirés par Mies après 1950, à l’invention du gratte-ciel tubulaire des années 1970. Du surcroît de densité des centres américains et asiatiques émerge une cinquième période en voie d’accomplissement. Avec une attention particulière portée au travail de Rem Koolhaas et de Cecil Balmond, ce dernier tableau permet à l’auteur de faire un lien entre le gratte-ciel hybride de 1920 et l’avancée «complexe» du gratte-ciel du XXI ème siècle.

Les périmètres piétons font aujourd’hui partie intégrante du paysage des centres-villes en Europe. Ces transformations urbaines répondent à des enjeux variés – marketing urbain, commerce, « chasse à la voiture », valorisation patrimoniale et/ou touristique, revalorisation foncière, etc. Elles s’accompagnent le plus souvent d’un double mouvement d’esthétisation et d’aseptisation des espaces publics. Récentes, la création de ces secteurs réservés et leur extension ont peu suscité l’intérêt de la recherche urbaine. Cédric Feriel propose une réévaluation et une caractérisation des politiques municipales de piétonnisation des « cœurs de ville » en France, durant la période 1970-1981, à travers l’exemple de l’Ile-de-France. L’approche inclut des aspects territoriaux tels qu’ils sont thématisés par la géographie, pour tenter de répondre au double questionnement concernant, d’une part, l’existence d’une modélisation « formelle » des secteurs piétons et, d’autre part, interrogeant les logiques de leur diffusion. En 1882, l’architecte diocésain Victor Ruprich-Robert (1820-1887), titulaire de la chaire d’architecture à l’École de dessin de Paris,publie un texte qui aura un fort écho et dans lequel il décrit ce que devrait être l’École des beaux-arts,ouverte non seulement à la connaissance de l’art antique,mais aussi à celle de « l’art français de tous les temps » et aux « théories qui peuvent se produire sur l’art moderne » (Réflexions sur l’enseignement de l’architecture en 1881). En 2006, lors de l’étude de son classement par la Commission nationale des monuments historiques, la chapelle de l’Immaculée-Conception, édifiée par l’architecte à partir de 1855,fait l’objet d’appréciations variées,qualifiée de pastiche néomédiéval ou à l’inverse d’édifice très novateur. Etienne Bertrand rouvre le dossier sur un commentaire contemporain de la Revue générale de l’Architecture qui présente cette chapelle comme exemple de « la liberté de l’art moderne ». Soixante-dix ans après sa création, les origines de la Direction de l’architecture sont encore mal connues. Tricia Meehan s’attache à la genèse de ce service de l’État,à travers les réformes du service et du Conseil général des bâtiments civils qui se sont poursuivies, en France, entre 1930 et 1946. Selon l’auteure, les acteurs clés, présents dans l’administration des Beaux-Arts pendant cette période extrêmement troublée, sont responsables de la longévité de ce mouvement. Renouant avec une vision du servicepublic né avec la Révolution, ces administrateurs ont cherché à créer un service plus moderne et efficace. La Quatrième République met un frein à l’ambition d’une grande Direction générale de l’architecture aux Beaux-Arts, cependant celle- ci est suffisamment armée en 1946 pour devenir, dans les années 1950 et 1960, le service de construction du ministère de l’Éducation nationale. Les « Bâtiments civils »

n’existent plus, pour autant la gestion et le contrôle des édifices de l’État restent une question d’actualité. Courtoisement irrévérencieuse,l’attaque d’Hélène David pour aborder son questionnement – Que faire de la relation entre architecture et écologie ? – est stimulante. L’auteure propose de redécouvrir les explorations de formes de vêtements ou d’architecture dites «plus naturelles»,menées par l’architecte et designer, Bernard Rudofsky (1905-1988). Il y est question de sandales qu’il conçoit au début des années 1940. Puis d’architectures vernaculaires exhumées de plusieurs périodes et surgies de divers continents, pour l’exposition «Architecture without Architects»,pensée dès 1941 et réalisée, pour le MoMA, en 1964. Pour l’auteure, ces explorations dévoilent un des aspects paradoxaux que revêt cette recherche d’une architecture écologique où le « naturel » serait synonyme « du vrai, du juste, ou du sain », – comme en écho aux termes de Lamennais que Ruprich-Robert reprend dans sa Flore monumentale, « l’utile, le beau, le vrai » – et qui se conçoit, sans doute, dans un espace faisant cohabiter des réalités contradictoires. En 1924, quelques années avant la réalisation de son grand oeuvre, la villa E 1027 – qui fera d’elle une architecte moderne à part entière –, Eileen Gray est déjà perçue par son ami, le rédacteur en chef de L’Architecture Vivante, Jean Badovici, comme une figure du « Mouvement moderne ». Une position que les historiens de la fin du XX ème siècle n’accepteront de:reconnaître qu’en vertu de son activité d’architecte, engagéeau milieu des années 1920. Issue de son travail de thèse, la fine étude d’Élise Koering autorise un repositionnement de l’œuvre pré-architecturale de Gray hors du champ de l’Art Déco où la critique l’a placée. L’auteure remet ainsi en cause la vision trop souvent dichotomique du parcours artistique de la créatrice, pour s’attacher à restaurer la réalité du lien existant entre sa production d’artiste du laque et celle d’architecte, et d’une démarche inscrite dans une continuité, celle de la modernité célébrée, dès le début des années 1920, par les architectes néerlandais de Jan Wils à Oud, en passant par Sybold van Ravesteyn. Le numéro se clôt sur une étude que Christian Morandi consacre non tant à l’histoire de l’informatisation des agences d’architecture, qu’à celle très peu connue, des recherches en « intelligence artificielle » menées, durant les années 60/80, au sein de laboratoires de recherche situés d’abord en périphérie des écoles d’architecture, puis intégrés dans ces établissements d’enseignement supérieur français.L’auteur restitue avec conviction les voies des diverses expérimentations de nouvelles méthodes de conception architecturale, dérivées d’abord des « design methods » des pays anglo-saxons avant d’entrer en résonance avec les questions épistémologiques débattues dans un contexte de réforme pédagogique. À la fin des années 1960, le changement de paradigme, qui fait de l’architecte l’un des acteurs d’un processus de construction « du cadre matériel de la vie des hommes » partagé, fixe le cadre stratégique des programmes d’une recherche pluridisciplinaire et polymorphe (fondamentale et/ou appliquée), qui aboutiront, entre autres, à la mise au point des premiers logiciels interactifs de CAO français pour l’architecture ou de prototypes dans des domaines aussi variés que ceux de l’instrumentation des plans, la simulation des ambiances ou les « nouvelles images ». À l’heure de l’application de la réforme LMD dans les écoles d’architecture, ce champ,extrêmement vivace dès les années fondatrices de la recherche architecturale, augure des richesses (des spécificités et des difficultés) de la recherche doctorale en architecture. Enfin, nos tenons à remercier Manolita Fréret-Filippi de l’aide apportée dans la relecture des épreuves de ce numéro et surtout de sa lecture du très bel ouvrage que Chantal Callais a su tirer de sa thèse.

Leave a Reply

You can use these HTML tags

<a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>

  

  

  

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.